La Réforme, Pierre-Olivier Léchot

Léchot, La RéformePierre-Olivier Léchot, La Réforme (1517–1564), Que sais-je?, 2017

Il y a quelques années de cela, à la fin d’un cours sur Henri VIII, roi d’Angleterre, et mon évocation donc de l’anglicanisme, du protestantisme et de la Réforme, des étudiants vinrent me trouver quelque peu surpris. Jamais ils n’avaient entendu parler des protestants et de la Réforme.
En Belgique, naguère encore dominée par le catholicisme, où plus de 60% des élèves du secondaire fréquentent une école catholique et où les protestants forment une minorité, il ne fallait guère s’en étonner.

Pour ceux qui étudient l’anglais, ou d’autres langues germaniques, et veulent en saisir le contexte, cette ignorance constitue pourtant un handicap. Je suis d’avis que l’on ne peut comprendre l’histoire et la mentalité des pays anglophones et germaniques si l’on n’a pas au moins une connaissance de base de la Réforme du 16e siècle. (À ce sujet, il faut encore lire Max Weber, L’éthique protestante et l’esprit du capitalisme). C’est évident si l’on évoque l’Irlande. Il est également difficile de comprendre certaines différences entre l’Angleterre et l’Écosse si l’on ignore le rôle historique qu’y jouèrent et y jouent toujours respectivement l’anglicanisme et le presbytérianisme. De même, il est des phénomènes politiques et religieux aux États-Unis qui demeurent énigmatiques si l’on ne perçoit pas l’influence que continue d’y exercer le calvinisme et son recours fréquent à l’Ancien Testament et à aux Dix Commandements. Il suffit d’écouter maints commentateurs francophones évoquer le Royaume-Uni ou les États-Unis pour se rendre compte de la portée de cette méconnaissance.

On se réjouira donc de la nouvelle édition du Que sais-je? sur la Réforme, dont l’original de la plume de Richard Stauffer datait déjà de 1970. Le temps était venu de mettre le volume à jour au regard de l’évolution de la recherche en histoire et des progrès méthodologiques en sciences sociales des dernières décennies.

L’ouvrage commence par une mise en contexte historique de l’irruption de la Réforme, ou, comme il convient de le dire, des Réformes. On sait mieux aujourd’hui que celle-ci est à inscrire dans des tendances présentes au sein du catholicisme d’alors, même si elle marque des points d’inflexion et opère certaines ruptures. On signalera également la mention de la problématique, déjà à l’époque, du lien entre l’émergence de la Réforme et la peur d’une déchristianisation de l’Europe face à l’expansion de l’Islam (voir à ce sujet Reformations in Hungary in the Age of the Ottoman Conquest), du contexte humaniste et du rôle de l’imprimerie dans l’essor de la Réforme (et de la Renaissance).

Le texte évoque ensuite le déploiement de la Réforme en Allemagne, en Suisse allémanique—sans négliger, comme on l’a souvent fait jusqu’à récemment, les mouvements anabaptistes—en terres francophones et en Angleterre.

Quelques pages finales brossent un tableau à larges traits du reste de l’Europe.
En fin de parcours, l’auteur aborde la question de la filiation entre protestantisme et modernité et suit Troeltsch pour préciser que s’il y a bien un lien entre émergence de la modernité et du protestantisme, celui-ci est sinueux, indirect et que la modernité est l’enfant non désiré de la Réforme (117).

Quelques mots d’avertissement. La portée de l’ouvrage est limitée. Il s’agit bien de se cantonner à la période qui va de 1517, date de la publication des 95 thèses de Martin Luther, le réformateur allemand, à 1564, année de la mort de Jean Calvin, le réformateur français. Rappelons également que la collection Que Sais-je? est une collection universitaire. Le volume est un concentré d’informations d’accès peut-être difficile pour qui est peu familier avec l’histoire du 16e siècle et de la Réforme. Il constitue par contre une mise à jour et un résumé des données à connaitre pour ceux et celles qu’intéresse la période et, évidemment, pour le public protestant.

Enfin, petit bémol, si le livre couvre la Réforme en France, en Allemagne, en Suisse, en Angleterre et consacre quelques pages à d’autres régions, on regrettera le silence presque complet sur la Belgique. C’est pourtant en Belgique, sur la Grand-Place de Bruxelles, qu’en 1523 déjà sont brulés les premiers martyrs protestants, issus d’un couvent anversois et qui avaient étudié avec Luther. C’est à Vilvorde, aux portes de Bruxelles, que William Tyndale, dont la traduction anglaise de la Bible posera les fondements de la première Bible officielle en anglais, sera exécuté en 1536 (et non pas à en 1535 à Anvers comme l’indique l’auteur, p. 94). Avant d’être durement réprimé, le protestantisme connaitra d’ailleurs un succès non négligeable en Belgique.

La collection Que sais-je? se limitant à des ouvrages de 128 pages, l’approche est brève et va à l’essentiel. La bibliographie offre à ceux qui le désirent des pistes pour aller plus loin. Succinct, bien écrit et à jour, le volume est à lire. Il permettra non seulement de mieux connaitre les courants issus de la Réforme, mais également de comprendre certaines particularités des pays où elle s’est implantée de manière durable.

Présentation avec table des matières sur PUF.